Sur un trail long, la plupart des contre-perfs ne viennent pas dâun manque de mental. Elles viennent dâun pacing mal maĂźtrisĂ© : un dĂ©part trop âfacileâ, des variations dâintensitĂ© non anticipĂ©es, des pauses qui sâĂ©tirent⊠et un ralentissement qui sâinstalle.
Ce sujet a Ă©tĂ© Ă©tudiĂ© de maniĂšre trĂšs concrĂšte sur une course emblĂ©matique : lâUTMBÂź. Une publication de Suter et al. (2020) a analysĂ© 13 829 performances (finishers) sur la pĂ©riode 2008â2019. Leur conclusion principale est simple Ă comprendre et trĂšs utile : un pacing plus rĂ©gulier est associĂ© Ă un meilleur rĂ©sultat.
Dans cet article, tu vas trouver :
- Une explication claire de ce quâest le pacing en trail (spoiler : ce nâest pas âtenir le mĂȘme min/kmâ),
- Une synthĂšse fidĂšle de lâĂ©tude UTMB (mĂ©thode, rĂ©sultats, limites),
- Des rĂšgles dâapplication concrĂštes pour tes prochains trails,
- Et une façon de transformer ces principes en plan de course grùce à un simulateur basé sur ton GPX (temps de passage, ravitos, barriÚres horaires, stratégie de pauses).
1) Le pacing en trail : définition et piÚges courants
Pacing = distribuer ton effort dans le temps
Dans la littĂ©rature sportive, le pacing dĂ©crit la maniĂšre dont un athlĂšte rĂ©partit son Ă©nergie et son intensitĂ© tout au long dâune Ă©preuve. Sur les formats longs, lâenjeu nâest pas de âmettre tout ce quâon aâ tĂŽt, mais de finir fort (ou au moins lucide).
En trail, âtenir lâallureâ est un mauvais objectif
Le trail ajoute des variables structurelles :
- DĂ©nivelĂ© (montĂ©es qui âfont exploserâ lâintensitĂ©, descentes qui dĂ©truisent les quadris),
- Terrain (technique, boue, relances),
- Gestion des ravitos / pauses,
- MĂ©tĂ©o et âsemi-autonomieâ.
Conséquence : tu ne vises pas une vitesse constante, tu vises un effort maßtrisé + une variabilité choisie.
Les 3 erreurs les plus fréquentes
- DĂ©part trop rapide (parce que âça va tout seulâ et que le groupe te porte)
- Variations inutiles (relances au feeling, micro-à -coups, sur-accélérations en descente)
- Pauses non planifiĂ©es (ravitos qui sâallongent, temps âperduâ sans sâen rendre compte)
2) LâĂ©tude UTMB (Suter et al.) : ce quâils ont mesurĂ©
Le terrain dâĂ©tude : UTMBÂź 2008â2019
Suter et al. ont exploitĂ© des donnĂ©es UTMB sur 2008â2019 et ont analysĂ© 13 829 rĂ©sultats (finishers), dont 12 681 hommes et 1 148 femmes.
Ils rappellent le contexte UTMB : une course dâenviron 171 km, avec >10 000 m de D+, et une limite de temps dâenviron 46 h 30 (selon lâĂ©dition / rĂ©fĂ©rences utilisĂ©es dans lâarticle).
Leur objectif
Ils veulent comprendre lâeffet de :
- lâĂąge,
- le sexe,
- le âniveau de performanceâ (proxy),
sur la maniĂšre de gĂ©rer lâallure, et vĂ©rifier lâhypothĂšse dĂ©jĂ observĂ©e ailleurs :
âĄïž un pacing plus constant est associĂ© Ă de meilleurs rĂ©sultats.
Comment ils mesurent la ârĂ©gularitĂ©â
Ils utilisent les temps entre points de passage (âtime stationsâ) et calculent une variabilitĂ© dâallure via un coefficient de variation :
- plus la variabilitĂ© est Ă©levĂ©e, plus le pacing est âyo-yoâ,
- plus elle est faible, plus lâallure est stable.
Une limite importante (Ă connaĂźtre)
Pour disposer de certaines variables (dont lâĂąge exact et un indicateur de performance), les auteurs combinent les donnĂ©es UTMB et celles de la base DUV.
âĄïž La base DUV Ă©tant centrĂ©e sur les finishers, ils excluent les non-finishers de lâanalyse finale : les rĂ©sultats comparent donc des finishers entre eux.
3) Résultats : les conclusions utiles pour les trailers
Conclusion n°1 â Oui : un pacing plus rĂ©gulier est associĂ© Ă de meilleurs temps
Le résultat central est clair : les athlÚtes qui présentent une allure plus réguliÚre ont tendance à mieux performer (temps plus rapides).
Ce nâest pas une promesse magique â câest une association statistique â mais câest un signal robuste sur un Ă©chantillon massif.
Conclusion n°2 â Sexe et Ăąge : des diffĂ©rences observĂ©es
- Les hommes sont globalement plus rapides que les femmes (classique en course Ă pied).
- Dans cette analyse UTMB, les femmes prĂ©sentent une variabilitĂ© dâallure plus Ă©levĂ©e que les hommes (sur les comparaisons rĂ©alisĂ©es par les auteurs).
- Les auteurs observent aussi que les femmes les plus rapides sont plus ĂągĂ©es que les hommes les plus rapides, et quâun Ăąge plus jeune peut ĂȘtre un avantage chez les hommes sur ce format UTMB.
Conclusion n°3 â Le âniveau de performanceâ ne montre pas de lien clair avec la variabilitĂ©
Le proxy de âperformance levelâ utilisĂ© ne ressort pas comme un facteur nettement discriminant sur la variabilitĂ© dâallure, et les auteurs discutent des raisons possibles (sĂ©lection UTMB, proxy imparfait, etc.).
4) Nuance indispensable : ârĂ©gulierâ ne veut pas dire âplatâ
Câest LE point qui Ă©vite les contresens.
En trail, la rĂ©gularitĂ© âutileâ ressemble souvent Ă ceci :
- plus lent en montée (pour garder un effort soutenable),
- plus rapide en descente/roulant (sans casser la mécanique),
- avec une intensité globale qui reste stable.
Une autre Ă©tude sur lâĂ©cosystĂšme UTMB, portant sur lâOCCÂź (56 km), a dâailleurs observĂ© que des coureurs de haut niveau peuvent prĂ©senter une variabilitĂ© plus Ă©levĂ©e â interprĂ©tĂ©e comme une meilleure capacitĂ© Ă adapter leur vitesse au profil (et donc Ă maintenir un effort plus constant).
đ MoralitĂ© : tu ne dois pas chercher âzĂ©ro variationâ, tu dois chercher moins de variations inutiles, et plus de variations âintelligentesâ dictĂ©es par le terrain.
5) Comment lâappliquer : une mĂ©thode en 7 Ă©tapes
Ătape 1 â Remplacer âallure cibleâ par âeffort cibleâ
Sur course vallonnée, viser un min/km fixe est souvent contre-productif.
Objectif : rester dans une intensité soutenable (respiration, sensations, cardio si tu le maßtrises).
Ătape 2 â Neutraliser le piĂšge du dĂ©part
Sur ultra, la tendance frĂ©quente est de ralentir progressivement (âpositive pacingâ).
Donc si tu veux âgagner du tempsâ, ce nâest pas dans les 20 premiers kilomĂštres.
RĂšgle pratique : partir lĂ©gĂšrement en-dessous de ce que tu âpeuxâ faire au dĂ©part, pour rester au-dessus de ce que tu âpourrasâ faire Ă la fin.
Ătape 3 â Segmenter la course (profil + terrain)
Découpe mentalement (et idéalement dans ton plan) :
- MontĂ©es longues : cap dâeffort + marche active assumĂ©e si nĂ©cessaire
- Descentes : prioritĂ© Ă lâĂ©conomie musculaire et Ă la fluiditĂ©
- Roulant : relances contrĂŽlĂ©es (pas dâĂ -coups)
Ătape 4 â Planifier les ravitos comme un Ă©lĂ©ment du pacing
Le pacing ne se joue pas uniquement âen courseâ. Il se joue aussi :
- dans la durĂ©e des arrĂȘts,
- la sortie de ravito (souvent trop lente, ou trop brutale),
- la rĂ©gularitĂ© des micro-actions (boire / manger / gĂ©rer lâĂ©quipement).
Ătape 5 â DĂ©finir des âgarde-fousâ (anti yo-yo)
Exemples de garde-fous (sans chiffres magiques) :
- âJe ne mâautorise pas une accĂ©lĂ©ration forte tant que je suis dans la premiĂšre moitiĂ© de course.â
- âJe descends propre, je nâattaque pas tant que je ne suis pas sĂ»r de tenir.â
- âJe repars du ravito en marche active, je relance progressivement.â
Ătape 6 â PrĂ©voir un plan B
Le pacing intelligent inclut un scénario dégradé :
- météo,
- douleur musculaire,
- digestion,
- baisse de forme.
LâidĂ©e : rĂ©duire tĂŽt plutĂŽt que subir un effondrement tard.
Ătape 7 â DĂ©briefer avec un indicateur simple : la variabilitĂ©
AprĂšs la course (ou aprĂšs une sortie longue), identifie :
- oĂč tu as trop âsur-accĂ©lĂ©rĂ©â,
- oĂč tu as perdu du temps,
- et si les pauses ont explosé.
MĂȘme sans capteur sophistiquĂ©, tu peux analyser la rĂ©gularitĂ© de ta course avec tes splits / segments.
6) Mettre en pratique avec un simulateur GPX (My Running Lab)
LĂ oĂč beaucoup de plans Ă©chouent, câest quâils restent trop vagues :
âje vise 12 heuresâ ne dit pas comment tu vas gĂ©rer ton effort, tes pauses, tes ravitos et tes marges sur les barriĂšres.
Avec un simulateur basé sur ton GPX, tu peux transformer une intention en plan concret.
Ce que tu peux faire dans My Running Lab
- Importer un GPX et simuler ton chrono Ă partir dâune allure de base,
- Tenir compte du profil (distance, D+, D-),
- Construire une stratégie de pauses (ravitos + micro-pauses),
- Obtenir des temps de passage aux points clés,
- VĂ©rifier ta marge sur les barriĂšres horaires (si elles sont disponibles pour lâĂ©preuve),
- Exporter ton plan (pour lâavoir sous la main le jour J).
Comment lâutiliser (workflow simple)
- Ouvre le simulateur
- Charge ton GPX (ou choisis lâĂ©vĂ©nement si une page dĂ©diĂ©e existe)
- Renseigne :
- ton allure de base (roulant)
- ta stratégie de pauses (et éventuellement une dégradation progressive si tu la connais)
- Lis le plan :
- temps de passage
- points critiques
- marges sur les barriĂšres
- Ajuste jusquâĂ obtenir un pacing rĂ©aliste : moins de yo-yo, plus de cohĂ©rence terrain
Tester maintenant
Passe de la théorie à ton plan de course en quelques minutes avec le simulateur trail GPX.
Ouvrir le Simulateur TrailFAQ â Pacing trail (questions frĂ©quentes)
Câest quoi le pacing en trail, concrĂštement ?
Câest la maniĂšre dont tu rĂ©partis ton effort (et donc ton allure) du dĂ©part Ă lâarrivĂ©e, en tenant compte du terrain, de la fatigue et de tes pauses.
Est-ce quâil faut viser une allure constante en trail ?
Non. En trail, lâobjectif rĂ©aliste est un effort constant (ou maĂźtrisĂ©), pas un min/km constant. Tu adaptes ta vitesse au profil (montĂ©e/descente/roulant).
LâĂ©tude UTMB prouve quâun pacing rĂ©gulier fait gagner ?
Elle montre une association : les finishers plus rapides ont un pacing plus rĂ©gulier, sur un trĂšs grand Ă©chantillon. Ce nâest pas une promesse individuelle, mais un signal fort.
Pourquoi certains bons coureurs ont un pacing âvariableâ ?
Parce quâils peuvent moduler intelligemment : ralentir en montĂ©e, accĂ©lĂ©rer en descente, tout en gardant un effort stable. La variabilitĂ© peut ĂȘtre âchoisieâ et utile.
Comment savoir si je fais du âyo-yoâ ?
Regarde tes splits / segments : si tu alternes des accĂ©lĂ©rations fortes et des ralentissements imposĂ©s, ou si tes fins de course sâĂ©croulent, câest souvent le signe dâun pacing trop agressif au dĂ©part.
Références
- Suter D. et al. (2020). Even Pacing Is Associated with Faster Finishing Times in Ultramarathon Distance Trail RunningâThe âUltra-Trail du Mont Blancâ 2008â2019. International Journal of Environmental Research and Public Health.
- CorbĂ-SantamarĂa P. et al. (2023). Variable Pacing Is Associated with Performance during the OCCÂź Ultra-Trail du Mont-BlancÂź (2017â2021). International Journal of Environmental Research and Public Health.
- Skorski S., Abbiss C. (2017). The Manipulation of Pace within Endurance Sport. Frontiers in Physiology.
- Abbiss C.R., Laursen P.B. (2008). Describing and Understanding Pacing Strategies during Athletic Competition. Sports Medicine.
- Lambert M.I. et al. (2004). Changes in Running Speeds in a 100 km Ultra-Marathon Race. Journal of Sports Science and Medicine.